Publié par : marcperron | 13 novembre, 2008

Jour du souvenir

Aujourd’hui, je me souviens du soldat qui m’a fait cadeau de conscience, fut-ce été au prix du nous. Car par la conscience vient la liberté qui me permet de faire le point, de comprendre. Aujourd’hui, je pourrais enfin lui montrer la reconnaissance des quatre automnes qui m’ont fait grandir.

Hier, j’ai cru à tort que le soldat se battait contre moi, alors je me suis défendu par tous les moyens, de l’ignorance à la confrontation en passant par la méfiance, processus motivés sans exception par l’incompréhension de ses tactiques qui n’en étaient pas vraiment, au final. C’est précisément ce qui m’a fait désirer le retrait immédiat et sans condition des troupes. Mais il était trop tard parce que le soldat était déjà mort.

Aujourd’hui, je prend conscience de ces fautes. Maintenant, je sais que j’ai été un militaire et que tu as été une protectrice de la paix. Je sais dorénavant que c’est moi qui t’a fait échanger ton « pacifisme » contre un fusil : il a bien fallu que tu te défendes de moi. Et ce matin, à l’aube de ce quatrième automne, ton cadeau m’a définitivement fait rendre les armes.

Aujourd’hui, je n’ai plus qu’une dernière chose à te demander : de faire avec moi de l’espoir le sauveur in extremis du nous. Aujourd’hui et pour demain, je te demande pardon.

Publié par : marcperron | 4 septembre, 2008

Entre Ciel et Terre

Trop de laisser-faire
Trop complexe
Trop de mots couverts
Trop de phrases hors-contextes
Trop d’apparences
Trop de suppositions
Trop de méfiance
Trop d’incompréhension

Et à la fin, que de la stupéfaction.
 

Voici les deux derniers mots qui seront inscrits ici avant longtemps :
communication déficiente.

Publié par : marcperron | 29 août, 2008

Morgue

« Je crois qu’au final, il ne faut jamais espérer dans
et de la vie. La preuve en est des plus frappantes
et des plus marquantes. La guérison est un mythe. »

Et puis je ne suis pas revenu à la vie. Et ce même si j’ai une rage de la vivre, cette vie qui m’est dorénavant inatteignable. Après tout, celle-ci n’est qu’un gros contrat truffé de ces dizaines de clauses qui sont en soi plus importantes que l’ensemble lui-même. Et c’est à croire qu’il n’en existe aucune qui puisse donner de la force au propriétaire! Parce que je la cherche encore, celle qui indique que les bonnes intentions et les attitudes recommandables peuvent provoquer chez les autres cosignataires de l’engagement une réaction des plus diamétralement opposées à cette bonne volonté. En fait, on comprend l’inutilité d’une telle clause à la lecture du deuxième article de cette section, qui stipule que tous les signataires ont le droit inaliénable de retirer leur marque du contrat qui nous intéresse (et de tous les autres aussi). Et comme cela va de soi, le contrat de la vie donne comme première clause la suivante : « Toute personne, en tout temps, a le droit à la mort. » ; « … et à la vôtre aussi » (on m’a toujours dit qu’il fallait savoir lire entre les lignes, quand ça compte).

Mais c’est vrai, il y a plus facile que la guérison…

Et évidemment on en profite à outrance de cette clause. Elle cause même des crises de logement, tellement les gens en abusent, tellement ils ne sont plus capables de vie entre eux. Ils préfèrent la solution des lâches : le socio-suicide collectif. Le vrai. Alors, ça s’engueule à coups de clauses, d’engagement mutuel, de limites de la liberté, et aussi de bien d’autres concepts beaucoup moins primordiaux, comme l’amit… Mais il y a pire : s’il y a une chose qui n’est soumise à aucune limite, c’est bien la portée de tous ces bémols en petites lettres au bas du contrat. Pire comme de perpétrer un meurtre dans l’idée fixe d’utiliser cette énergie pour tenter de créer la vie ailleurs. En termes plus communs, on appelle cela le remplacement. Remplacement. Un mot pourtant presque mélodieux, si ce n’était qu’un peu trop sec, et qu’il pique à vif sans lâcher prise. Et il vous poursuit jusqu’à votre dernier souffle, ce putain de remplacement, parce qu’il est trop fort, trop fier, et que cela lui demande que ridiculement peu d’effort. La solution des lâches.

Et moins il est conscient du tort qu’il cause, plus il est destructeur. Et pour s’aider, il va vouloir se noyer dans l’or jaune et puis vous remettre les clauses qu’on avait presque oubliées en plein visage. Et comme si cela ne suffisait pas, il est un hypocrite averti et un judicieux stratège. Il va s’excuser quand vous allez tomber. Il vous aidera même à vous relever! Parce qu’il n’est pas assez lâche pour vous frapper lorsque vous êtes au sol… Mais il l’est assez pour vous remettre sur pied et recommencer son manège, jusqu’attend que vous ne puissiez tout simplement plus jamais même penser à revenir debout. Ou encore à penser, tout court. Et il ne travaille évidemment que pour son compte, vous l’aurez sans doute deviné.

« Et il s’acharne sur vous jusqu’à votre premier souffle de mort.»

Et alors vous devenez un mangeur d’âme à votre tour. Peu vous importe dès lors de toutes ces futiles questions de respect, d’honneur, même de reconnaissance, ou alors bêtement de politesse. Non. Tout ce qui occupe le peu de pensée que vous avez pu regagner, c’est l’idée de devenir vous aussi un sème-la-mort. Alors vous attaquez vous aussi les gens à coups de remplacement, sans égard pour ce qu’ils peuvent ressentir. En fait, vous êtes devenu complètement incapables de même vous douter de ce que les autres pensent. Et puis vous frappez dur et vous faites signer des arrêts de mort. Et la première victime en général sera toujours celle qui sera la plus facilement tuable. Alors gare à vous simples connaissances, car votre mort est imminente!

Et oui, soyez bien mis en garde, parce que dans ses moments de plus grande fureur, il arrive que le remplacement fasse appel à sa grande complice, à savoir la clause troisième. Cette dernière mets le doigt sur l’irresponsabilité. En fait, elle ouvre toute grande ouverte la porte menant au déni de responsabilité mutuelle entre le propriétaire et le signataire du contrat. C’est donc dire que personne ne peut jamais être accusé de quoi que ce soit qui puisse être écrit dans ledit contrat. Autrement dit, le contrat n’est qu’une façade qui ne demande qu’à être détruite. Tout ce qu’il faut, c’est un peu de volonté, de mauvaise foi, et de détermination. Toutefois, utilisé trop souvent, cette clause perd vite de sa crédibilité. C’est pourquoi il faut évidemment s’en servir de façon intelligente et planifiée. Et certains ont apparemment d’excellents conseillers, et de remarquables juristes à leur service, faudra-t-il croire.

Et je la cherche encore et toujours,
la clause qui porterait secours aux
bonnes projections futures que j’ai un jour caressées.

Je crois que finalement, le contrat n’en vaut pas tellement la peine d’être respecté. C’est pourquoi je pense que la première condition est, en bout de ligne, la bonne. Je tire ainsi mon nom du contrat que j’avais, en méconnaissance de cause signé. Toute personne, dans la mesure de sa propre volonté, a le droit au socio-suicide collectif. Toute personne, en tout temps, a le droit à la mort.

 

Inspiré, puis fabulé, durant un coma
qui me laisse entre la vie et la mort.

Publié par : marcperron | 18 août, 2008

Hôpital

Sirènes. Paramédicaux. Quelques cris. Quelques uns seulement.
Une matière liquide. Liquide et fade. Oui, de l’eau.
Et puis, presque plus rien.

Je me réveillerai, je me réveillerai.

Oui, je ne suis pas mort. Enfin, je l’espère.

Parce que quand on est mort, tout est fini.
Et puis s’il reste quelque chose, c’est qu’on est encore en vie.

Quand j’ai ouvert les yeux pour la première fois depuis plusieurs jours (ça, on me l’a dit, et j’ai encore du mal à croire qu’ils soient déjà ouverts), j’étais un peu perdu. Étendu, branché, analysé, mais par-dessus tout, perdu. J’entendais les médecins, mais seulement une fois sur quatre. Les autres fois, ils parlaient une langue qui m’était inconnue. Ils disaient des mots qui s’apparentaient à « déconnecté », « noyade », « suicide ». En fait, je n’arrivais à comprendre que deux mots : « incompréhension », et un autre. Ces mots rebondissaient dans ma tête, comme s’ils étaient les seuls que je connaissais. Et je les décortiquais en tous sens, et tous points, pour essayer d’en tirer quelque chose… Il fallait plus de temps, toujours plus de temps. Mais le temps, c’est long, surtout quand on l’attend, parce que plus on l’attend, plus il vient lentement. Et c’est à partir de ce mot qu’avait pris forme cet épisode – seulement un épisode, avec de la chance, parce que l’espoir, c’est ce qui maintient un cœur abîmé en vie. Et quand on enlève à un homme son espoir, on jette son cœur sur les épines d’un cactus et on le laisse sécher, tout seul, dans l’aridité du désert.

Et pendant longtemps, tu as été cette fille
qui chasse les nuages avec ses longs cils.

Pour ne pas trop s’étendre, disons que l’histoire qui a en son sein ledit épisode a débuté il y a de nombreux mois. Puis, elle s’est développée au fil de nuages, mais plus souvent de ciels clairs – du moins c’est le souvenir que j’en garde, parce qu’autrement, j’aurais tôt fait de tout oublier –, de ciels bien clairs et ensoleillés. C’est ce que tu as fait, jusqu’au moment où tu m’as laissé partir. Enfin, devrais-je plutôt parler du moment où tu es partie de ton côté, me laissant du mien. Parlons-en, d’ailleurs, de la confiance en la vie. C’est une partie de cette confiance aveugle que tu as éliminée, en laissant tomber mon cœur encore rouge qui battait autant qu’au commencement. Tu l’as fait tomber de l’amour, pour qu’il aille finalement s’écraser au sol. Ainsi, mes yeux n’étaient plus tellement aveugles. Et aussi bavards puissent-ils avoir voulu être, tu étais déjà trop loin pour les entendre qui appelaient doucement ton nom. Peut-être le vent soufflait-il du mauvais côté… Et tu n’allais plus revenir, malgré mon cœur encore vaillant, jusqu’à la fin.

Et je suis parti moi aussi. J’avais besoin de voir si j’étais encore capable d’aimer, et aussi d’être aimé, si je pouvais accorder cette confiance à quelqu’un, à nouveau. Mais pour un cœur qui s’use sur le bitume, difficile d’être empreint de cette confiance aveugle, tellement la douleur saisit celui qui s’y frotte. Et évidemment difficile de faire confiance si l’on n’est pas un peu aveugle. Alors jamais elle n’a même passé près de se pencher au-dessus de moi. J’ai brisé son espoir ce soir-là. J’ai tué, oui, mais elle ne me méritait pas. Et je n’allais donc pas gaspiller quoi que ce soit sur son cas. Moi aussi, j’ai jeté son cœur sur les épines dans le désert, et je l’ai laissé agoniser là. Et chaque fois qu’elle a appelé mon nom, j’ai enfoncé les pics un peu plus profondément dans sa chair, comme pour achever le travail entrepris contre son espoir, la vitalité de son cœur. Et si j’ai fait ça, c’est parce que mon énergie devait servir mes yeux, question qu’ils puissent couler sur mon cœur pour qu’il ne s’assèche pas sous le soleil du désert. Ainsi, il pouvait espérer à un peu plus de vigueur, de vie, d’énergie. Et c’était pour toi que cette énergie-là, que je conservais avarement, allait être utilisée. Pour toi et surtout pour nous deux. Parce qu’il n’est pas question, pour un cœur meurtri, de ne pas bien investir ses rares forces. Et je crois que le jeu en valait la chandelle.

« Il ne faut pas laisser se casser les choses avant de les réparer. »

Mais il était trop tard. J’ai dépensé toute l’énergie regagnée par la réflexion avec un thé aux lèvres, à tenter de réparer ce qui avait été brisé. Mais il était déjà trop tard. La réalité avait changé par ma faute. J’avais vécu hors du réel pendant trop longtemps, perdu, et j’ai tué. Et quand je suis revenu dans le vrai, il ne restait que peu d’espoir de recommencer. Très peu. Je t’avais perdue. Je suis monté sur les toits, pour voir plus loi, mais en vain. Mon cœur était vidé de son énergie. Il n’avait plus la force de garder ses yeux ouverts. Je t’avais perdue contre mon gré, et à la folie des grandeurs de ma haine envers moi-même.

« C’est un état pathologique dans lequel
on se renferme quand on est en présence de

difficultés qui paraissent insurmontables […]
On est à l’abri dans le scaphandre. »

Alors je suis allé au bord du lac, et j’ai commis l’erreur de t’y amener aussi. Et je me suis jeté à l’eau. Je voulais m’enfermer dans le scaphandre pour oublier les couteaux qui avaient volé trop bas depuis trop longtemps, et trop souvent. J’espérais ainsi pouvoir commencer la réparation de la bonne façon, et pou espérer. Du moins, juste un peu. Mais quand on est dans le scaphandre, impossible d’entendre ce qui se passe à la surface, ni de se faire entendre de ceux qui y sont. Et de toutes façons, le but-même de se cloîtrer sous l’eau, c’est de briser le lien avec le monument apparemment insurmontable, pour trouver le moyen et la force de l’escalader, plus tard, une fois la préparation à point. Mais je suis demeuré submergé longtemps, parce que le temps, c’est long. Et ce l’est encore plus quand on attend, parce qu’il prend davantage son temps. Et j’ai finalement manqué d’air.

« Interdit de mourir! »

C’est ce qu’on s’était toujours dit. Parce que quand on était un couple, si l’un de nous mourrait, l’autre se retrouvait sans l’un, seul. Toutefois, maintenant qu’on était l’un sans l’autre, seuls, la mort ne changeait rien à la solitude, puisque le mal avait déjà été commis au lac… Mais je t’ai fait quand même confiance, et je ne suis pas mort. Pas mort parce que quand on meurt, on doit s’assurer de partir en bons termes. Il faut au moins dire Adieu, quoi. Mais je n’ai pas envie de te dire Adieu, pas envie du tout, parce que ce n’est pas fini. Et quand il reste quelque chose, c’est que l’on doit vivre. Sinon, on se retrouve au bout de la Terre et on erre, comme des fantômes. Et ceux qui restent sur Terre, meurent de l’intérieur, parce que jamais ils ne pourront régler leurs comptes avec les morts, autrement qu’en mourrant.

Ainsi, dans les deux cas, qu’on soit ensemble ou pas, de mourir revient à tuer. Et je t’ai fait croire malgré moi que j’étais mort pour toi, l’autre jour, au lac. J’y suis resté trop longtemps, et tu as donc cru que c’en était fini, que j’étais parti au bout de la planète. Trop longtemps, certes, mais en fait surtout parce que tu attendais là-haut, et quand on attend trop longtemps, on finit par perdre espoir, et puis on meurt à petit feu. Je n’aurais jamais du t’amener au cours d’eau. Tu avais complètement raison. Je suis un idiot. J’ai nié la réalité, j’ai trop poussé. Je n’ai pas donné signe de vie pendant trop longtemps, là-bas, dans mon scaphandrier. Car je suis revenu à la surface. Et je me rappelle de toi, Z. Je ne t’oublierai pas. Jamais. Si je t’avais abandonnée, je serais resté au fond du lac. C’était vraiment de la fatigue, et elle ne cachait rien d’autre. J’étais encore en préparation… mais j’ai gardé le silence trop longtemps… Si je t’avais abandonnée, tu n’aurais pas su que j’étais un jour sorti du lac, que j’étais présentement dans un hôpital, à me faire soigner. Parce que je ne t’ai pas oubliée. Parce que l’autre mot dont je me souviens, c’est ton nom. Je ne l’ai pas oublié parce que depuis que je me suis réveillé, il m’empêche de dormir. J’ai un compte à régler et je ne veux pas errer au bout de la Terre. Et par-dessus tout, je tiens à toi. Ces quatre mots-là aussi, ils me hantent, quasiment, à tous les instants de mes jours et de mes nuits.

Et je ne sais même pas si tu vis encore. Je ne sais même pas si on vit encore. J’espère l’espoir. J’espère la vie. Maintenant je comprends. Je comprends à quel point j’ai eu tort de t’amener au bord du lac. Et j’espère que pour longtemps encore, on redeviendra cette fille et ce garçon aux longs cils qui chassent les nuages des ciels clairs. Je ne suis plus perdu. Je t’aperçois et je ne veux plus te perdre. Mes yeux te parlent et mon cœur aussi. Et je veux que l’encre, moyen d’autoconservation de la mémoire, coule hors de moi, de mes veines, et arrive à nous faire vivre à nouveau.

Publié par : marcperron | 14 juin, 2008

Les quatre

Deuxième partie

La musique est une chose qui m’a toujours passionnée. Elle fait partie du cercle très restreint de mes Éternels, tellement elle est encrée en moi comme (et peut-être plus que) la vie qui m’anime. De surcroît, avant même que je ne sus lire ou écrire les verbes et les nombres, je pouvais déjà lire les rythmes et les sons. Ce n’est, en fait, que plus tard que je pus lire lettres et chiffres, par l’entremise du système d’accord, cadeau de l’Amérique musicale. À ce moment n’approchait pas encore l’idée de l’âge de la raison : je n’eus d’aucune façon d’inquiétudes échéancières dans le bordage des premières notes que je couchai sur les cinq parallèles, seulement vieux d’un âge habituellement insuffisant pour se livrer à de telles occupations. Le dentier au scorbut, les quatre fils métalliques avec leur cheval, leur cousin obèse et les six parallèles y passèrent tous. Seul le multiple sourire dut se contenter de l’interprétation plus ou moins certaine. Puis, dans un élan de découverte point à l’horizon le nègre abatônné d’Amérique. Celui que l’on frappe ou que l’on balaie, que l’on cogne ou que l’on bong… Alors m’apparut une grande révélation : les mélodies du dernier siècle qui avaient été populaires avaient encouragé leurs interprètes à succomber au laxisme, en exigeant d’eux, outre les multiples talents musicaux, de ne savoir compter que jusqu’à quatre. Les premiers du XXième insistèrent sur les pairs, et cinquante automnes plus tard naquit l’amour pour le premier impair, puis ils arrêtèrent de délaisser le second. En plus, en assemblant ces mots de quatre temps, ils construisirent des compléments, des sujets et des verbes de quatre mots musicaux, et finalement fondèrent des phrases de longueurs diverses ayant toutes en commun d’être divisibles par quatre.

 

Cette obsession pour le quatuor en a probablement d’ailleurs rendu fou quelques uns… En fait, toutes les actions finissent par avoir leur quête initiale, leur réponse en suspens, leur nouveau questionnement, puis leur finale. Ainsi, des choses aussi simples que manger se scindent en quatre parties dans l’esprit du néo-musicien, qui prépare, attend, mange, et apprécie. Limite? Il n’interprète pas que la musique à son instrument, mais aussi le monde qui l’entoure. Et puis question de la conception des choses : que ce soit en lien ou non avec l’influence musicale de l’avant-dernier siècle de l’humanité, le cerveau humain, quand il compte, perçoit toujours plus facilement par ensembles de quatre. Peut-être est-ce en cette portance naturelle vers les quatre que s’explique l’obsession.

Publié par : marcperron | 3 mai, 2008

Jumelles

Ici, aucune dédicace, que des vers : pas les meilleurs, mais les plus justes malgré leur maladresse, je crois.

Jumelles

Le clocher les brusque ; il secoue les plus forts :
Ceux qu’on a cru invincibles et intouchables,
Pour une raison même ignorée de la mort,
Et qui laisse un sentiment des plus maussades.

Il est vrai que la faim justifie les moyens,
Mais de me retrouver à ce nouveau festin
Laisse dans la perplexité mon appétit :
Ne servant plus à rien, ma langue dans l’oubli.

Alors que ce n’était qu’un vieil acharnement
Sur des cendres qui brûlaient depuis trop longtemps,
Les vives couleurs du printemps qui renaissent
Me font tenir la liberté pour promesse.

Après l’illusion me paraît l’évidence
Que j’étais bien aveuglé par ces jumelles
Et qu’elles l’avaient rendue dure et immense,
Trompant les plus expérimentées prunelles.

Publié par : marcperron | 23 avril, 2008

Acouphènes

La bouilloire vous surveille probablement aussi, génération des écouteurs malentendants.

Acouphènes

Noir mystère qui bouillonne, qui les regarde,
Siffle comme tu peux ; saute comme tu veux,
Et sois certain de tous les rendre malades.

Sors de la grotte sans fin qui t’emprisonne
Venge toi une fois pour toutes de tous ceux
Qui désirent que ta puissance plafonne!

Ils ignorent que tu leur causeras ennuis
Mais, le jour, ils se protègent – au moins par deux -,
Alors charge toi de les surprendre de nuit.

Et ne te contente point de les effrayer :
Expédie leur esprit dans l’infini des cieux
De sorte qu’ils y restent à jamais enfermés.

Publié par : marcperron | 9 avril, 2008

Le malade

En hommage à tous ceux qui doivent se battre avec ou contre eux-même, un sonnet récemment épousseté.

Le malade

Jamais je ne pourrai oublier son sourire,
Celui-ci, le plus beau ; celui-là, le plus grand,
Le regard tellement vrai qui vous fait rougir,
Et qui fait frémir les soldats des plus hauts rangs.

Pourtant, jamais il n’a vu le rouge des hommes,
Ni entendu les oiseaux de guerre siffler,
Alors il n’apprécie guère qu’on le surnomme
Le survivant : il n’espère que d’être aimé.

Si cela ne suffit point, il doit être fort
Pour être prêt à léguer son précieux trésor,
Mais cela l’effraie malgré ce qui lui ont lu :

Les hommes en bleu en demandent beaucoup de lui,
Mais il livre déjà le combat d’une vie
Puisqu’il y a bien longtemps que son crâne est nu. 

Publié par : marcperron | 9 avril, 2008

Les quatre

Première partie

 

La symétrie est une des choses qui m’a toujours obsédée. Nombreux sont les souvenirs de mon jeune âge dans lesquels je m’adonne à de simplets jeux d’enfants. Il suffit de penser au jeu des orteils symétriques. J’explique : chaque fois qu’on exerce une pression sur l’un de nos orteils, on doit appliquer la même énergie sur son homologue de l’autre pied. Toutefois, comme je n’avais évidemment pas le contrôle indépendant de chacun de ces membres, il me fallut séparer mes cinq orteils en quatre groupes : le gros orteil, son voisin immédiat qui était victime de l’habitude du premier de s’asseoir sur lui pour le pousser et le forcer à faire craquer la jointure qui le reliait au reste du pied, venaient ensuite les deux suivants, puis le tordu. Ce faisant, j’arrivais à obtenir satisfaction de ce petit jeu anodin des pareils.

 

Ensuite, venait un autre amusement, celui-là quotidien et généralement matinal. Comme plusieurs l’ont assurément expérimenté avant moi, il s’agissait tout simplement d’égaliser ou de standardiser l’endroit où le pied tombait entre les dalles de béton qui composent les trottoirs. Cependant, comme il fallait bien se distinguer à cet âge là, à place d’éviter les jonctions, je tirais mon plaisir dans le fait d’équilibrer mathématiquement et systématiquement l’endroit où la fissure raisonnablement placée à des intervalles réguliers sur le pavé touchait mon pied. Pour ce faire, je dus donc diviser mes plantes de pied en quatre parties encore. La première, le bout de mes orteils, était malheureusement trop déstabilisante pour y prendre plaisir ; la deuxième, l’articulation qui lie la plante à l’avant du pied, était celle qui m’évoquait le plus d’excitation dû à l’élan insufflé à ma démarche quand j’y marchais ; la troisième, la partie incurvée du pied, demeurait néanmoins celle où il était le plus réconfortant de ressentir la dénivellation du trottoir, car cela donnait une sensation toute spéciale : celle d’un doux massage, chose que je ne connaissais pas à cet âge (salut, anachronisme!). Puis venait la quatrième – et elle mérite une majuscule et un point, croyez-moi –, la sacrée dernière, encore plus inconfortable que la première, qui se voit par le fait même détrônée. La raison en est à la fois toute simple mais combien significative : en reposant momentanément (par bonheur) sur cette section de mon pied, je me trouvais soudainement vulnérable à tous les aléas de la nature des dalles de béton. Ayant ainsi comme seul appui l’un de mes talons, tous les grands malheurs auraient pu me tomber sur la tête, et projeter du même coup celle-ci contre le sol. Par contre, c’était elle qui donnait une raison d’être à ce modeste divertissement, car la souffrance et l’inquiétude que m’affligeait le fait de reposer sur mes talons étaient les seuls éléments qui puissent donner sa véritable valeur au plaisir.

 

J’avais en plus de cela le même genre de plaisir quaternaire avec les muscles de mes jambes, de mes bras, et parfois même ceux de mon visage. Et il n’aurait surtout pas fallu qu’on s’aperçoive de quoi que ce soit, car j’était tout de même à demi conscient de ce que ces tics impliquaient dans l’opinion des gens à l’égard de ma santé mentale…

Publié par : marcperron | 8 avril, 2008

L’echo

C’est bien ce que l’on entend quand on parle dans un espace vide..vide…ide…de…e…? Mais l’écho n’est-il pas la meilleure oreille? Tout de même, en espérant faire diminuer la résonance des mots dans ce blog d’ici quelques semaines, ou peut-être moins, ou plus.

Catégories

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.