Publié par : marcperron | 29 août, 2008

Morgue

« Je crois qu’au final, il ne faut jamais espérer dans
et de la vie. La preuve en est des plus frappantes
et des plus marquantes. La guérison est un mythe. »

Et puis je ne suis pas revenu à la vie. Et ce même si j’ai une rage de la vivre, cette vie qui m’est dorénavant inatteignable. Après tout, celle-ci n’est qu’un gros contrat truffé de ces dizaines de clauses qui sont en soi plus importantes que l’ensemble lui-même. Et c’est à croire qu’il n’en existe aucune qui puisse donner de la force au propriétaire! Parce que je la cherche encore, celle qui indique que les bonnes intentions et les attitudes recommandables peuvent provoquer chez les autres cosignataires de l’engagement une réaction des plus diamétralement opposées à cette bonne volonté. En fait, on comprend l’inutilité d’une telle clause à la lecture du deuxième article de cette section, qui stipule que tous les signataires ont le droit inaliénable de retirer leur marque du contrat qui nous intéresse (et de tous les autres aussi). Et comme cela va de soi, le contrat de la vie donne comme première clause la suivante : « Toute personne, en tout temps, a le droit à la mort. » ; « … et à la vôtre aussi » (on m’a toujours dit qu’il fallait savoir lire entre les lignes, quand ça compte).

Mais c’est vrai, il y a plus facile que la guérison…

Et évidemment on en profite à outrance de cette clause. Elle cause même des crises de logement, tellement les gens en abusent, tellement ils ne sont plus capables de vie entre eux. Ils préfèrent la solution des lâches : le socio-suicide collectif. Le vrai. Alors, ça s’engueule à coups de clauses, d’engagement mutuel, de limites de la liberté, et aussi de bien d’autres concepts beaucoup moins primordiaux, comme l’amit… Mais il y a pire : s’il y a une chose qui n’est soumise à aucune limite, c’est bien la portée de tous ces bémols en petites lettres au bas du contrat. Pire comme de perpétrer un meurtre dans l’idée fixe d’utiliser cette énergie pour tenter de créer la vie ailleurs. En termes plus communs, on appelle cela le remplacement. Remplacement. Un mot pourtant presque mélodieux, si ce n’était qu’un peu trop sec, et qu’il pique à vif sans lâcher prise. Et il vous poursuit jusqu’à votre dernier souffle, ce putain de remplacement, parce qu’il est trop fort, trop fier, et que cela lui demande que ridiculement peu d’effort. La solution des lâches.

Et moins il est conscient du tort qu’il cause, plus il est destructeur. Et pour s’aider, il va vouloir se noyer dans l’or jaune et puis vous remettre les clauses qu’on avait presque oubliées en plein visage. Et comme si cela ne suffisait pas, il est un hypocrite averti et un judicieux stratège. Il va s’excuser quand vous allez tomber. Il vous aidera même à vous relever! Parce qu’il n’est pas assez lâche pour vous frapper lorsque vous êtes au sol… Mais il l’est assez pour vous remettre sur pied et recommencer son manège, jusqu’attend que vous ne puissiez tout simplement plus jamais même penser à revenir debout. Ou encore à penser, tout court. Et il ne travaille évidemment que pour son compte, vous l’aurez sans doute deviné.

« Et il s’acharne sur vous jusqu’à votre premier souffle de mort.»

Et alors vous devenez un mangeur d’âme à votre tour. Peu vous importe dès lors de toutes ces futiles questions de respect, d’honneur, même de reconnaissance, ou alors bêtement de politesse. Non. Tout ce qui occupe le peu de pensée que vous avez pu regagner, c’est l’idée de devenir vous aussi un sème-la-mort. Alors vous attaquez vous aussi les gens à coups de remplacement, sans égard pour ce qu’ils peuvent ressentir. En fait, vous êtes devenu complètement incapables de même vous douter de ce que les autres pensent. Et puis vous frappez dur et vous faites signer des arrêts de mort. Et la première victime en général sera toujours celle qui sera la plus facilement tuable. Alors gare à vous simples connaissances, car votre mort est imminente!

Et oui, soyez bien mis en garde, parce que dans ses moments de plus grande fureur, il arrive que le remplacement fasse appel à sa grande complice, à savoir la clause troisième. Cette dernière mets le doigt sur l’irresponsabilité. En fait, elle ouvre toute grande ouverte la porte menant au déni de responsabilité mutuelle entre le propriétaire et le signataire du contrat. C’est donc dire que personne ne peut jamais être accusé de quoi que ce soit qui puisse être écrit dans ledit contrat. Autrement dit, le contrat n’est qu’une façade qui ne demande qu’à être détruite. Tout ce qu’il faut, c’est un peu de volonté, de mauvaise foi, et de détermination. Toutefois, utilisé trop souvent, cette clause perd vite de sa crédibilité. C’est pourquoi il faut évidemment s’en servir de façon intelligente et planifiée. Et certains ont apparemment d’excellents conseillers, et de remarquables juristes à leur service, faudra-t-il croire.

Et je la cherche encore et toujours,
la clause qui porterait secours aux
bonnes projections futures que j’ai un jour caressées.

Je crois que finalement, le contrat n’en vaut pas tellement la peine d’être respecté. C’est pourquoi je pense que la première condition est, en bout de ligne, la bonne. Je tire ainsi mon nom du contrat que j’avais, en méconnaissance de cause signé. Toute personne, dans la mesure de sa propre volonté, a le droit au socio-suicide collectif. Toute personne, en tout temps, a le droit à la mort.

 

Inspiré, puis fabulé, durant un coma
qui me laisse entre la vie et la mort.


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